Toujours inspirés de faits réels par une maman conteuse qu’on a bien trop agacé.
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Dans le royaume du Collège-de-Pierre, même les jours de fête se vivaient sous haute surveillance. Noël ou pas Noël, la règle restait la règle : pas de joie excessive.
Ce midi-là pourtant, c’était le repas de Noël.
Des guirlandes pendaient de travers, la purée avait une forme non identifiée et la bûche semblait avoir vécu un choc émotionnel..
Mais les enfants tentaient quand même d’y croire.
Soleias, le vaillant petit chevalier déjeunait avec quelques fidèles camarades. Ils riaient doucement, comme des écuyers profitant d’un rare instant de paix avant le retour des devoirs et des surveillants lunatiques.
C’est alors que Soleias la remarqua.
Une jeune demoiselle était assise seule, à une table beaucoup trop grande pour elle. Son plateau était presque intact. Elle regardait les autres tables sans oser bouger, comme si se lever pouvait déclencher une alarme.
Sans hésiter, Soleias se leva.
« Viens avec nous », lui proposa-t-il. « À Noël, personne ne devrait manger tout seul. »
La jeune fille sourit.
Mais quelqu’un d’autre observait la scène. On l’appelait la Taupe de la Reine.

Personne ne l’aimait vraiment. Pas parce qu’elle était stricte, non. Parce qu’elle était méchante. Pointilleuse. Suspicionnelle.
Elle avait une carrure solide, un visage ingrat, légèrement velu, comme si elle passait plus de temps sous terre qu’à la lumière du jour. Ses petits yeux fouillaient tout, toujours à la recherche d’une faute à déterrer. Elle ne voyait jamais la gentillesse : seulement ce qu’elle pouvait transformer en problème.
Et ce jour-là, elle jubilait. Un élève debout. Un déplacement non autorisé. Un sourire. Un coupable !
La Taupe plissa les yeux. Elle venait de trouver son bonheur. Elle s’approcha lourdement.
« Qu’est-ce que tu crois faire ? » grogna-t-elle, avec ce ton si spécial.
Sans attendre la réponse, elle tourna les talons. Elle savait déjà à qui rapporter sa “découverte”. Ce genre de dénonciation lui réchauffait le cœur.
Et quelques minutes plus tard, Soleias était conduit directement dans le bureau de la Reine, la souveraine la plus redoutée du royaume. Celle qui adorait punir avant de comprendre. Et parfois même sans rien comprendre du tout.
La Reine leva la tête… et un sourire satisfait se dessina sur son visage.

« Ah, mon suspect habituel est enfin arrivé », pensa-t-elle intérieurement.
Elle croisa le regard de Soleias et se figea une demi-seconde.
Encore ce regard. Ce regard qu’elle qualifiait toujours de sombre, méchant, provocateur, noir. Un regard, selon elle, qui défiait l’autorité, qui cherchait la bagarre. Elle n’arrêtait pas de le répéter. Trop souvent. À qui voulait l’entendre… et surtout à lui.
Pourtant, Soleias ne voyait pas les choses ainsi. Sa maman lui avait toujours dit qu’il avait un regard expressif. Un regard qui parlait quand les mots restaient coincés.
Et surtout, elle lui avait appris une chose simple et essentielle : Quand un adulte s’adresse à toi, tu le regardes. Pas pour provoquer. Pas pour défier. Mais par respect et honnêteté.
Alors Soleias regardait.
Droit. Calme. Présent. Et cela, la Reine ne le supportait pas. Ce regard lui donnait l’impression désagréable d’avoir tort avant même d’ouvrir la bouche.
« On m’a rapporté que tu t’es moqué d’une camarade à la cantine », lança-t-elle sèchement. « Que tu as troublé l’ordre du repas. »
Soleias resta calme. « Je voulais juste qu’elle ne mange pas toute seule. »
Le silence s’installa. Un silence épais. Même les dossiers sur le bureau semblaient gênés.
La Reine toussota, se racla la gorge, consulta des papiers parfaitement inutiles, cherchant désespérément une faute réglementaire, une virgule mal placée, n’importe quoi. Mais rien.
Agacée, elle trancha : « Retourne manger. Mais ne recommence pas. »
Ne recommence pas… à être gentil, évidemment.
Soleias sourit et sortit sans un mot, le regard toujours droit.
Et c’est là que le sort, moqueur et un peu farceur, décida d’intervenir.
De retour à la cantine, la Reine vit la jeune demoiselle rire joyeusement à la table de Soleias et de ses amis. Tout le monde mangeait tranquillement. Personne ne se moquait. Personne ne désobéissait. Même la purée semblait moins triste.
La Taupe, elle, restait plantée là, l’air ridicule, sa dénonciation fondant comme une bûche de Noël oubliée trop près du radiateur. Personne ne la regardait. Personne ne lui portait d’intérêt.
Car dans le royaume du Collège-de-Pierre, tout le monde savait une chose. la Taupe n’était pas aimée, ce n’était pas par malchance… C’était parce qu’elle choisissait, chaque jour, d’être méchante.
La Reine comprit alors, très brièvement, qu’elle s’était encore trompée. Mais jamais elle ne le reconnaîtrait.
Et Soleias ? Il n’avait rien dit. Rien expliqué. Rien réclamé. Il avait juste été lui-même.
Depuis ce jour, dans le royaume du Collège-de-Pierre, on raconte que la Reine se méfie énormément des enfants silencieux, que la Taupe creuse un peu moins, faute de succès…
Et que parfois, le plus grand acte de rébellion d’un chevalier, ce n’est pas de se battre… mais de rester digne et garder le regard droit, dans un royaume profondément injuste.
Et de manger sa bûche de Noël avec le sourire bien sûr 🎄
À suivre… ✨📜